Tuesday, October 20th, 2020

Haïti souviens toi de 2010: les régions doivent s’unir contre le changement climatique.

Ce 12 janvier 2020 a marqué la 10ème commémoration du passage du séisme dévastateur ayant causé de gigantesques pertes en Haïti. Chaque année, depuis 2010, une seule question tourmente les débats:

Quelles perspectives pour Haïti après cette catastrophe ?

Entre autres, aujourd’hui le monde fait face de plus en plus aux désastres provoqués par la multiplication des catastrophes naturelles dues au changement climatique. D’où, le risque pour Haïti de faire face au pire à l’avenir, si aucune mesure, ni aucune structure n’est mise en place.

À cet effet, parmi les diverses personnalités ayant exprimé, leur profond regret en mémoire de ce qui s’est passé, nous avons eu l’opportunité d’interviewer L’homme d’affaires et ancien Premier ministre d’Haïti Laurent Salvador Lamothe. Explorons ses points de vue !

Haïti 24 : Le tremblement de terre de 2010 a dévasté Haïti, comment avez-vous vécu ce drame ?

Laurent Salvador Lamothe : Ce dimanche 12 janvier 2020, les Haïtiens se souviennent de «l’Armageddon» de 2010 qui nous a fait reculer de 50 ans. La destruction des infrastructures a été catastrophique et les pertes en vies humaines dévastatrices. Notre expérience en Haïti en 2010 nous a permis de nous attaquer à la tâche gigantesque de reloger 1,5 million de personnes et de reconstruire des infrastructures essentielles avec des ressources très limitées.

La tâche n’a pas été facile, mais en dépit des difficultés de toutes sortes auxquelles nous avons été confrontés, nous avons tout de même réussi à venir en aide à des milliers de victimes et nous avons fait de notre mieux pour faire fonctionner l’État après ce désastre ayant mis le pays à genou.

H24 : Pourquoi avez choisi aujourd’hui de militer contre le changement climatique ?

LSL : En me souvenant de ce qui s’est passé en Haïti ce jour-là, je crois qu’en tant que citoyens du monde, nous n’avons plus le luxe de débattre de l’existence ou non du changement climatique. Les effets de longues périodes de sécheresse, d’incendies de forêt plus fréquents, de fusion des mers glaciales, de la durée et de l’intensité des tempêtes tropicales, se font sentir dans le monde entier avec une intensité qui met en évidence la nécessité impérieuse d’une action immédiate.

De plus, nombreux sont les faits qui illustrent l’urgence du moment :

Actuellement, l’Australie lutte contre les incendies de forêt catastrophiques. Imaginez-vous que depuis septembre, 17,9 millions d’acres en Australie ont été brûlé au cours de l’une des pires saisons d’incendie du pays. On estime à 500 millions le nombre d’animaux morts dans les incendies en Australie.

En 2019, le Cyclone Idai a déchiré l’Afrique du Sud, prenant la vie de centaines de personnes et blesser et déplacer des milliers d’autres. Selon une évaluation de l’Organisation des Nations Unies, plus de 1,9 million de personnes dans la région ont été affectées, la plupart nécessitant une assistance humanitaire.

Dans la Corne de l’Afrique et en Afrique de l’Ouest, les sécheresses et les inondations sont fréquentes et intenses. Dans la région du Sahel, des sécheresses prolongées exacerbent la désertification, tandis que la hausse des niveaux de la mer dans les villes côtières de l’Afrique de l’Ouest, tels que le Ghana et le Bénin, cause le ravage de l’agriculture et des communautés de pêche.

En Asie du Sud, les inondations ont pris plus de 100 vies. En Europe et dans certaines parties des États-Unis, les températures ont atteint des sommets record.

Tout le globe est touché, aucune région n’est immunisée et c’est pour cette raison que les pays et les nations doivent se mettre ensemble pour s’attaquer à l’impact du changement climatique.

H24 : Quelles sont déjà vos implications et vos initiatives dans la lutte contre l’impact du changement climatique ?

LSL : En 2017, avec d’autres politiciens et philanthropes, la première “zone climatique intelligente” du monde et l’accélérateur a été établie. L’accélérateur a créé une coalition sans précédent comprenant 26 pays et plus de 40 partenaires du secteur privé et public qui mettra en œuvre des solutions climatiques pour la résilience, les énergies renouvelables, le développement de villes durables, les océans et les transports. Cette “zone climatique intelligente” protégera non seulement la région, mais créera des emplois et une nouvelle économie basée sur l’infrastructure climatique intelligente.

H24 : Pourquoi le choix des Caraïbes comme zone cible pour lancer une telle initiative ?

LSL : Outre la beauté captivante de la région, une chose que les pays des Caraïbes ont en commun, c’est leur vulnérabilité à des catastrophes naturelles fréquentes et coûteuses. Dans une étude menée entre 1994 et 2013, sur un échantillon de 6 873 catastrophes naturelles dans le monde, il a été constaté que les catastrophes naturelles des Caraïbes ont causé 1,35 million de pertes en vies humaines, ou près de 68 000 vies en moyenne chaque année et ont touché 218 millions de personnes par an au cours de la période 2000. Cela prouve que la région des Caraïbes est l’une des zones les plus vulnérables sur la planète, donc représente un espace stratégique pour implanter l’accélérateur.

H24 : Quels seront à l’avenir, les retombées de cette première « zone climatique intelligente » ?

LSL : L’accélérateur des Caraïbes a une vision qui s’appuie sur les stratégies des gouvernements et des agences régionales, y compris CARICOM et OECS.

Bien que récemment lancé, il a déjà commencé à jeter les bases du succès avec ses projets initiaux. Notamment, la Banque Interaméricaine de Développement a annoncé qu’elle s’associerait à l’accélérateur pour programmer et mettre en œuvre les fonds de 1 milliard de dollars qu’il a promis au sommet de Paris du président Macron.

Ensuite, en tant qu’organisation à but non lucratif, une “zone climatique intelligente” modernise les infrastructures numériques, physiques et sociales indispensables à relever les défis du changement climatique et à assurer un avenir à faible émission de carbone pour la région.

En définitive, il est en mesure de créer des pays, des villes et des industries plus résilientes grâce à des partenariats privés et publics. Je dois aussi vous dire que ce modèle peut être reproduit dans d’autres régions du monde et les dirigeants régionaux devraient prendre en compte les opportunités et les solutions que ce type d’initiative pourrait apporter à leur région.

H24 : Militer contre le changement climatique s’avère être un grand défi, mais aussi une noble mission. À cette fin, quel est le dernier mot pour clore cette entrevue et le message à Haïti ?

LSL : Je crois que par le biais de partenariats, tels que celui formé dans les Caraïbes, d’autres régions du monde entier peuvent développer la capacité de transformer les communautés et les économies afin de mieux résister aux effets du changement climatique. Surtout, ces partenariats ont la possibilité d’accroître l’action climatique et la croissance économique, grâce au développement durable.

Je pense aussi que c’est une bénédiction pour Haïti qu’elle fasse partie de cette région. Nous devons donc nous efforcer de saisir les opportunités de cette nouvelle initiative et éviter à notre pays le sort des lourdes pertes causées par les catastrophes naturelles à l’avenir. Et encore une fois, j’en profite pour réconforter les survivants de cette tragédie, tout en exprimant mes vœux de sympathies aux victimes.

En conclusion, pour pallier à ce problème planétaire, j’encourage les acteurs, les investisseurs, les politiques et les citoyens du monde à s’y engager.

Pour plus d’informations, visitez https://www.caribbeanAcperator.org/Home

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