En Haïti, tout est urgent

Le 4 juin dernier, j’ai répondu aux questions du Sénat suite à la convocation initiée par les très honorables sénateurs de la République Steven Benoit, Jean William Jeanty, Jean-Baptiste Bien-Aimé, Wesner Polycarpe, John Joël Joseph, Anick François Joseph et Moïse Jean Charles. Ceux-ci souhaitaient avoir plus d’informations sur la gestion des fonds d’urgence par le gouvernement suite à l’ouragan Sandy, sur la marche générale du gouvernement ainsi que sur d’autres questions d’intérêt général.

Je leur ai présenté un rapport détaillé sur la gestion des fonds d’urgence et ce fut l’opportunité pour moi de donner les bonnes informations au Parlement et au peuple haïtien. J’ai pu notamment y démontrer que le gouvernement gère avec efficacité le processus de reconstruction du pays et qu’il a mis sur pied des programmes qui aident les besoins urgents du peuple haïtien. Le devoir de rendre compte au peuple, dont les sénateurs sont les légitimes mandataires, est un impératif auquel j’obéis volontiers.

Rappelons d’abord les circonstances qui ont porté le gouvernement à déclarer l’état d’urgence après le passage de l’ouragan Sandy sur Haïti. Tout le monde conviendra que c’était un évènement climatique majeur dans la région.

Les rapports établis par les institutions internationales et haïtiennes mentionnent un nombre important de personnes décédées ou disparues, plusieurs dizaines de milliers de maisons détruites, de familles sinistrées, d’hectares de plantations détruites et de personnes évacuées. Aussi, la pollution des réserves d’eau potable a entrainé une résurgence du choléra et d’autres épidémies majeures. Bref, toute la République a été affectée.

Les dégâts ont été estimés à plus de 70 milliards de gourdes, soit environ 15 % du PIB. L’économie haïtienne a été ravagée : l’industrie, les infrastructures, l’agriculture, le commerce et l’éducation ont été sévèrement affectés. L’étendue des pertes dans notre pays a fait le tour du monde.

Les ressources prévues dans le budget, de l’ordre de 747 millions de gourdes, étaient nettement insuffisantes pour répondre à l’ampleur des dommages. Le gouvernement a donc déclaré l’état d’urgence pour une période allant du 5 novembre au 5 janvier 2013.

Cinq milliards de gourdes au titre de crédit supplémentaire pris par décret d’avance en date du 15 novembre 2012 ont été mobilisées, mais seulement 2,1 milliards de gourdes ont pu être décaissées jusqu’à maintenant. Le gouvernement a également pris la responsabilité de réorienter l’utilisation des 12 milliards 820 millions de gourdes des fonds Pétro Caribe pour les mobiliser dans le sens de l’urgence. Tout comme moi, vous remarquez qu’il s’agit d’environ 15 milliards de gourdes, alors que les dégâts avaient été évalués à 70 milliards de gourdes… J’aurais souhaité que notre gouvernement en fasse plus, mais il a dû rester bien en dessous des besoins étant donné les ressources limitées qu’il pouvait mobiliser.

En décrétant l’état d’urgence, nous voulions venir en aide aux victimes immédiatement, mais aussi réaliser des projets aptes à augmenter la résilience de l’économie et du territoire. Il s’agissait au fond d’intervenir intelligemment sur un ensemble de projets susceptibles d’avoir un impact immédiat ET futur. Il fallait certes faire face à la catastrophe, mais aussi s’inscrire dans la durabilité. Nous devions investir dans les projets durables pour rompre avec cette mauvaise habitude de ne gérer que l’urgence. Depuis le début de mon mandat, mes actions ont toujours été guidées par une stratégie de développement national à long terme qui vise à transformer Haïti en un pays moderne, démocratique, intégré socialement et économiquement viable.

Ainsi, il nous a semblé pertinent d’investir dans la construction de lycées, d’écoles, de marchés, de places publiques et de centres administratifs, car ceux-ci font souvent office d’abris provisoires, de zones de refuge pour premiers soins en cas de sinistre pour protéger la population et pour lui venir en aide.

Un autre des éléments essentiels en situation d’urgence est la capacité pour l’État de pouvoir rapidement atteindre les zones affectées, d’où la nécessité d’avoir des infrastructures routières fiables. C’est dans cette perspective que le viaduc de Carrefour a été reconstruit ; s’il est une urgence sur laquelle s’accordent tous les Haïtiens, c’est bien celle de disposer dans cette zone d’un échangeur qui puisse rendre la circulation plus fluide et faciliter le transport des biens et des personnes en cas d’urgence.

Les décaissements des fonds pour l’exécution et le suivi des travaux ont fait l’objet d’une attention rigoureuse de la part du gouvernement. Les instructions les plus formelles ont été passées et les procédures ont été minutieusement respectées pour garantir la transparence des dépenses effectuées.

À l’heure où je vous écris, la saison cyclonique a déjà débuté. Notre vulnérabilité face aux catastrophes naturelles constitue un danger pour les villes près des côtes et pour les populations vivant près des rivières, plus sensibles aux inondations. C’est une menace sur les secteurs sensibles que sont l’agriculture, l’élevage et la pêche; cela peut compromettre aussi bien la sécurité alimentaire du pays que notre objectif de devenir une économie émergente d’ici l’horizon 2030.

C’est donc avec le sentiment du devoir accompli que je porte un regard sur les actions posées par l’administration Martelly / Lamothe pendant l’état d’urgence. Nous avons satisfait les besoins urgents de la population et préparé le terrain pour faire face aux catastrophes naturelles.

Ce fut une très longue séance de questionnement ; plus de dix heures ! Malgré tout, je pense que son déroulement, du début à la fin, fut un bel exercice démocratique. Le gouvernement a répondu à toutes les réponses des sénateurs avec respect et patience, dans un souci de transparence, parce qu’il est redevable à la population.

C’était une journée importante, car nous avons pu discuter des faiblesses de la structure législative haïtienne. Les relations harmonieuses entre l’exécutif et le législatif sont capitales pour la bonne marche du pays, et je souhaiterais que nous nous rencontrions plus souvent pour approfondir le dialogue. Notre gouvernement s’est engagé dans cette voie. Après tout, les intérêts personnels et politiques ne font pas le poids face à ceux du peuple.